Aider la jeunesse à affronter sa peur

On a pu lire la semaine passée sur ce blog un billet de Stephan Jütte intitulé La peur dévore la jeunesse. L’auteur y invitait avec bonhomie les jeunes à se détendre. Mais oui, vous le savez bien voyons : ce qui manque aux jeunes, c’est un peu de bonne musique, sur laquelle fumer un petit joint ! Car visiblement, c’est cela qui permet de croire que tout ne fera que s’améliorer.

L’occasion était trop belle pour ne pas en profiter pour le redire : la crise écologique, c’est un peu différent des multiples facteurs culturels et socio-politiques qui ont été à l’origine des tendances que l’on a regroupé sous le nom de mouvement punk, auquel l’auteur fait référence au début de son article. Le « no future » de la génération incriminée est fondé sur de multiples rapports scientifiques concordants. Oui, les jeunes ont peur. Et l’auteur a raison, il faut prendre cela au sérieux. Mais les remèdes proposés ne sont pas les bons.

Sois jeune et…

Il ne serait guère productif (quoique fort jubilatoire, je dois l’avouer) de s’insurger du privilège que représente l’insouciance que l’auteur se rappelle avoir vécue en tant qu’adolescent. Peut-être est-il plus utile de se rappeler, comme l’a très bien montré Salomé Saqué, l’autrice de Sois jeune et tais-toi. Réponse à ceux qui critiquent la jeunesse, que l’image que l’on se fait de sa propre jeunesse est le fruit d’une reconstruction. Elle est donc forcément biaisée, car reconstituée à partir de ses souvenirs, fragmentaires et subjectifs. Une mémoire individuelle ne saurait d’ailleurs représenter toute une génération, tous milieux confondus.

On pourrait aussi s’arrêter sur la grâce (osons le mot) que représente la réflexion actuelle des jeunes (et moins jeunes) sur la liberté humaine poussée à l’excès, encensée par l’auteur de l’article se rappelant de ses jeunes années. Cette liberté, en plus d’être centrée sur le seul individu qu’elle concerne, et donc égoïste, c’est aussi celle que revendique un certain courant néolibéral, qu’on soupçonne d’être un facteur aggravant de la crise écologique actuelle. Mais je ne vais pas m’étendre sur ce point, car je sens que je perds une partie de mon honorable lectorat. Je ne voudrais pas passer pour une jeune extrémiste.

Ce que je ne voudrais pas non plus, c’est critiquer l’attitude passée de notre auteur. Après tout, il avait le même âge que les jeunes sur lesquels il s’interroge aujourd’hui. Ce qui est à questionner à mon avis, c’est plutôt le manque d’écoute que nous avons pour les jeunes d’aujourd’hui. Leur a-t-on seulement demandé pourquoi la crise du coronavirus n’a pas été vécue par eux et elles comme une opportunité, mais une menace ? Savons-nous seulement ce qu’ils et elles ont vécu ? Ecoute-t-on leur peur pour l’avenir et leur colère présente ?

A l’écoute des jeunes

Je ne crois pas plus que l’auteur que la génération de ces confirmands soit la dernière. Mais je crois que ces jeunes ont besoin d’écoute. Plutôt que de conjecturer sur l’origine de leur peur, ou de chercher à savoir si celle-ci est légitime, peut-être serait-il temps d’entamer le dialogue. Et d’apprendre d’eux.

Car cette jeunesse a des choses à nous apprendre. La foi, pour commencer. Affirmer sa foi dans un monde qu’on perçoit comme sans espoir, n’est-ce pas une capacité extraordinaire, plus que ce dont bien d’entre nous pouvons nous targuer ? On peut se rappeler que Saint-Augustin lui-même se percevait comme à la fin d’un monde, celui de l’empire romain dans sa grandeur et sa puissance. Lui qui a connu le saccage de « l’invincible » Rome a su faire de ce temps de crise existentielle, religieuse et intellectuelle le lieu d’une réaffirmation théologique spectaculairement forte. De nombreux écrits de la Bible elle-même sont des écrits de crise. Mais la peur n’y était pas absente ! Au contraire, elle était ce contre quoi on affirmait une espérance.

Un signe d’impuissance ?

Alors, thématiser la peur de jeunes : intention louable ou aveu d’échec ? Car si le sujet est bon, la réponse donnée sent fort les regrets d’une innocence révolue et l’impuissance face à un monde dont les préoccupations et les valeurs changent. Ici comme pour les critiques de la jeunesse, on peut le dire : rien de nouveau sous le soleil. Et ça, l’Ecriture le disait déjà.

On aurait d’ailleurs pu espérer une réponse à la peur des jeunes s’appuyant plus sur la Bible, qui appelle à autre chose qu’à la légèreté. Car l’insouciance ne sert à rien face la peur. La foi, l’espérance et l’amour, si. Un message d’espérance : voilà qui aurait été à la fois plus évangélique et plus bénéfique. Quant à nous, les jeunes (puisque j’en fait encore partie), nous ne pouvons céder à l’insouciance. Car cette peur, nous aurons à l’affronter.

Sophie Maillefer, 26 ans, théologienne et pasteure stagiaire au sein de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud

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Sophie Maillefer

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